Le mouroir de SANBOSTEL

Sandbostel, lieu d'évacuation. Pourquoi ?

Sandbostel est une petite ville entre l'Elbe et la Weser. Un camp de prisonniers de guerre, le Stalag X B, y est installé.
Une partie des détenus du camp de Neuengamme et de ses kommandos extérieurs devait être évacuée vers le camp de concentration de Bergen-Belsen où existaient des possibilités de les faire disparaître. Des voies ferrées ayant été détruites, les convois partis en direction de ce camp furent détournés vers le camp de prisonniers de Sandbostel qui reçut ordre de les accueillir.
Plus de 10.000 détenus de toutes nationalités, relevant du camp de concentration de Neuengamme, y furent évacués dans des conditions inhumaines.

Le Stalag X B, construit en 1939, est un rectangle de 700 m. de long sur 500 m. de large, qui comporte quatre parties : un Stalag pour les non gradés, un Oflag pour les officiers, un Marlag pour la marine et un Ilag pour les internés.
Vers la mi-avril 1945, les 23 baraques du Marlag sont inoccupées. Elles sont délabrées, les fenêtres et les châlits ont été enlevés pour servir de bois de chauffage. C'est là que sont dirigés les déportés à leur arrivée, à raison de 800 par baraque.

Le calvaire des convois

On estime que 13 à 14 convois seraient arrivés à Sandbostel entre le 12 et le 19 avril 1945, en provenance du Camp central de Neuengamme et des Kommandos de Brême, de Hambourg et de Wilhelmshaven.
Les trains arrivent à la gare de Brillit, à l'ouest, ou à celle de Bremervörde, au nord, toutes deux situées à une douzaine de kilomètres de Sandbostel. Ces 12 kilomètres se font à pied pour les plus valides, ou dans des remorques de tracteur, des camions, ou encore des bennes basculantes d'un petit train (type Decauville). La quantité de morts, à l'arrivée en gare nécessita le creusement de fosses communes à proximité.
330 km. - 13 jours de convoi
Le convoi venant de Wilhelmshaven, avec environ 650 détenus dits « valides », fut le plus lent à parvenir à destination. Parti du kommando le jeudi 5 avril, après 3 jours de marche, il s'arrête :
- à Bremen-Farge le 8 avril (départ le 11),
- à Hornebourg le 13 avril (départ le 16),
- à Harbourg le 16 avril (départ le 17),
- à Hambourg le 17 avril, d'où il repart le même jour pour atteindre la gare de Bremervörde le 18 avril au matin, après 13 jours d'un voyage chaotique où alternent marches à pied et transports par voie ferrée, et au cours duquel de nombreux détenus sont morts.

(Etabli d'après un témoignage de Jacques Le Pajolec, corroboré par les témoignages oraux d'autres déportés du même convoi : Raymond Gourlin, Eugène Le Caignec).
 
"Nous étions 76 dans notre wagon et à l'arrivée, le sol du wagon de notre voyage était tapissé de morts, car les premiers jours on emmenait les morts sur la plateforme qui se trouvait [...] à l'avant du convoi. Et puis quand la plateforme ne pouvait plus contenir de morts, on les a laissés dans le wagon.[...]On étendait donc les morts [...] et on s'asseyait dessus, parce qu'on n'avait pas d'autre solution, et que la mort nous était devenue tellement commune, que la vie seule comptait[...]. De Brillit, nous avons été amenés sur Sandbostel. Il y avait [...] une voie Decauville qui desservait le camp de prisonniers [...] On a mis les morts dans les wagons Decauville et puis les vivants ont fait les kilomètres qui séparent la gare de Brillit du camp, à pied, comme ils ont pu, et cette fois-là, vraiment, j'ai touché le tréfonds de la misère..." 

Témoignage de Jean Le Bris (convoi parti de Neuengamme le 8 avril 1945) , 3 février 1997.

 
Vie et mort à Sandbostel
Plus de 10.000 détenus au total, toutes nationalités confondues, seront entassés dans ce mouroir. Leur garde est assurée par des Schuppos, des SS, des membres de l'artillerie côtière et des volontaires étrangers.
Les prisonniers de guerre voient arriver des êtres épuisés, affamés, dans un état physique et mental désespéré. Face à cet abominable spectacle, ils manifestent pitié, colère et révolte. Ils tentent de porter secours à ces squelettes ambulants. Mais les SS veillent et interdisent, les armes à la main, toute tentative d'aide et de réconfort. La mortalité est effrayante, due à la faim, la fatigue, la dysenterie, les armes SS. Chaque jour des charrettes emmènent 200 ou 300 cadavres à la fosse commune. Le dernier convoi de détenus, arrivant de Wilhelmshaven le 18 avril, découvre des monceaux de cadavres, ceux de leurs camarades de convois antérieurs, entassés sur la gauche en entrant dans le camp.
 
Dessin de Pierre Fertil, matricule 40322 © AANG
Entassement de cadavres à Sandbostel
Les cadavres entassés à Sandbostel. Dessin de Pierre Fertil. © AANG

Dans la nuit du 19 au 20 avril, les SS, sur ordre de Hambourg, regroupent quelques centaines de déportés qui tenaient encore debout. Mettant à profit ce rassemblement, un groupe (beaucoup de Russes et de Polonais) se rue sur les cuisines et les magasins de vivres et les mettent à sac. Les SS les mitraillent sans pitié. Après la fusillade, le calme revient et l'on découvre, au petit matin, des centaines de morts, mais un camp débarrassé des SS. Ceux-ci sont partis avec 3 à 400 hommes dont une centaine de Français, qui venaient à peine d'arriver la veille de Wilhelmshaven.
Cette nuit du 19 au 20 avril marque la fin de la première phase de Sandbostel, la fin du règne des SS.

A partir du 20 avril, sous la responsabilité du colonel ALBERT, les prisonniers de guerre français, après tractation avec les autorités allemandes du camp, prennent le contrôle de l'administration du camp. Ils nettoient les baraques où sont entassés les déportés et leur donnent de la nourriture prélevée sur leurs propres rations. Le 21 avril, les prisonniers de guerre entreprennent de classer les déportés dans les baraques par nationalité, ce qui facilitera ensuite les secours.

Le 23 avril, plusieurs cas de typhus se déclarent.

À partir du 26 avril : désinfection progressive des déportés qui sont nettoyés, épouillés, douchés, habillés de propre, et soignés par les médecins et infirmiers avec les modestes moyens dont ils disposent.
Du 26 au 29 avril, 3.100 déportés sont désinfectés et placés dans un bloc à part, mais il en reste encore 4000 qui n'ont toujours pas été épouillés. L'isolement de tous les typhiques s'avère bientôt impossible, étant donné la rapidité de la contagion. De plus, la dysenterie fait rage et provoque de nombreuses victimes. La mortalité atteint de 200 à 250 victimes par jour. Les morts sont enterrés dans 2 fosses communes à l'intérieur du camp, car les combats aux abords du camp ne permettent pas de sortir.
Le 29 avril, les combats se rapprochent et vers 16 heures les britanniques arrivent enfin au camp de Sandbostel. C'est la libération mais, pour nombre de déportés, l'épuisement et la maladie sont tels qu'ils prennent difficilement conscience qu'ils sont enfin libres (plusieurs sont dans un état de coma typhique et atteints d'amnésie temporaire).
Le 1er mai, chaque détenu reçoit une carte sur laquelle il peut écrire à sa famille.
Les milliers de morts de Sandbostel sont enterrés dans des fosses communes, aujourd'hui recouvertes de végétation.
Les rapatriements se font au fur et à mesure de l'amélioration de l'état de santé des déportés et commencent dès que ceux-ci sont transportables. Certains ne rejoindront la France que fin juin.

Fausse joie pour les familles
A partir du 20 avril, des listes de vivants sont établies par les prisonniers de guerre. Rendues officielles le 29, elles 
sont expédiées en France et publiées le 8 mai dans le journal « LIBRES », organe du mouvement national des 
prisonniers de guerre et déportés (Edition spéciale n° 18), sous le titre : « Liste de Déportés libérés le 7 mai 1945 
actuellement au camp de SANDBOSTEL ».
Malheureusement, entre le moment où cette liste a été établie et le moment où elle est publiée, plusieurs déportés 
sont décédés, et cette publication apporte à leurs familles une fausse joie cruelle. De même, bien des cartes écrites
le 1er mai ont fait espérer un retour qui n'a pas eu lieu.

Sandbostel aujourd'hui

Le Mémorial à l’emplacement de l’ancien camp de prisonniers de guerre et du "mouroir" de Sandbostel sera agrandi. Les historiens sollicitent du soutien pour le développement des nouvelles expositions permanentes.

Depuis la fin des années 1970, des efforts de réflexion critique et scientifique sur l’histoire du camp de prisonniers de guerre et "mouroir" de Sandbostel devraient aboutir à la création d’un Mémorial sur le site historique du camp. Ces efforts ont notamment été soutenus par la création, en 1992, du Verein Dokumentations- und Gedenkstätte Sandbostel (Association du Mémorial et Centre de Documentation de Sandbostel) et, en 2004, de la Stiftung Lager Sandbostel (Fondation Camp de Sandbostel).
En 2010, la Fondation a reçu 1,425 millions d’euros pour les travaux de réaménagement du Mémorial. Outre le gouvernement fédéral, le gouvernement de l’Etat de Basse-Saxe, le canton de Rotenburg (Wümme) et la Fondation Hermann Reemtsma de Hambourg participent à ce projet. Cet argent servira à établir deux nouvelles expositions permanentes dans deux bâtiments aménagés à cette fin, à ériger des panneaux d’information sur le site et à arrêter la dégradation de l’ensemble, unique, des anciennes baraques de logement.
Depuis la fin de l’année dernière, trois nouveaux assistants scientifiques aident le chef de projet, Andreas Ehresmann, et le président de la Fondation, Karl-Heinz Buck. L’historien Dr. Jens Binner, la chercheuse en sciences des religions Dörthe Engels et la politologue Dr. Andrea Genest cherchent, dans des archives et des institutions du monde entier, des documents, témoignages et objets pour les deux expositions permanentes qui s'ouvriront sur le site de l’ancien camp de Sandbostel au printemps 2013. Le Dr. Klaus Volland et Werner Borgsen, auteurs de la publication fondamentale "?Stalag X B Sandbostel?", ont assumé la consultation scientifique du projet.
La première exposition permanente traite de l’histoire du camp de prisonniers de guerre et du "mouroir" Stalag X B Sandbostel dans le Nord-Ouest de l’Allemagne. Entre 1939 et 1945, des centaines de milliers de prisonniers de guerre étaient cantonnés ici et forcés au travail dans une centaine de commandos annexes. En avril 1945, plusieurs transports de déportés en provenance du camp de concentration de Neuengamme arrivèrent au camp de Sandbostel. De ces 9.000 détenus, environ 3.000 moururent d’épuisement, de faim ou de maladie peu avant ou peu après la libération.
La seconde exposition traite de la période d’utilisation du site après la libération, le 29 avril 1945, c’est à dire le camp d’internement pour membres de la Waffen-SS C.I.C. 2 (1945-1948), la prison de Sandbostel (1948-1952) et le camp de réception d’urgence de jeunes hommes réfugiés de RDA (1952-1960), ainsi que de l’histoire du Mémorial du Camp de Sandbostel.
 A présent, le Mémorial du Camp de Sandbostel est l'un des plus importants projets de recherche historique en Basse-Saxe. Au cours de l’année dernière, il a accueilli environ 7.500 visiteurs, dont 2.500 jeunes et 450 étrangers, qui ont participé à des visites guidées ainsi qu’à des conférences, séminaires et ateliers où ils ont exploré l’histoire et découvert des vestiges de l’ancien camp. Le but de tous ceux qui sont impliqués est de continuer la recherche sur l’histoire du camp de Sandbostel et d’en garder la mémoire.
Pour cela, les témoignages des anciens prisonniers de guerre ou de camp de concentration, ainsi que de leurs proches, sont indispensables. Les hommes internés au Stalag X B et ses camps annexes pendant la période du national-socialisme venaient de partout en Europe, Amérique, Asie, Afrique, voire Océanie?; les archives et témoignages peuvent donc se trouver dans le monde entier. Au cours des dernières années, le Mémorial a souvent été contacté par des enfants ou petits-enfants d’anciens prisonniers du camp, qui ont mis à sa disposition des documents importants.
L’équipe des historiens part du principe qu’un bon nombre de documents et objets pouvant être utile pour montrer l’histoire du camp et son utilisation subséquente se trouve encore chez des particuliers ou dans des archives. C’est pour cela que les scientifiques aimeraient encourager les anciens prisonniers du camp de Sandbostel, ainsi que leurs proches, à contacter le Mémorial avec leurs documents, photos, journaux, lettres, dessins ou souvenirs.
Les créateurs des expositions envisagent de présenter des biographies individuelles à titre d’exemples et de les combiner avec des pièces d’exposition et des témoignages. Beaucoup d’objets pourront servir de pièce d’exposition?: Le talisman ou rosaire ayant accompagné une personne pendant son incarcération, lettres ou photos ayant consolé un prisonnier, objets ramenés après la libération en tant que "?souvenirs?" du camp de Sandbostel, ou poèmes ou dessins crées après la guerre, ainsi que des objets quotidiens acquis dans le camp de Sandbostel ou un camp annexe, tels que des cartes ou marques d’identité, livres, jeux, etc.
La présentation des biographies devra inclure, outre les évènements pendant la période de captivité, l’enfance et la jeunesse ainsi que la vie après la libération. L’exposition focalisera par exemple des questions concernant les souvenirs historiques de l’individu et leur traitement au sein des familles, ainsi que des controverses sociales regardant les indemnités et les relations avec l’Allemagne. Le Mémorial du Camp de Sandbostel s’intéresse aux témoignages personnels mais aussi au contenu des archives des associations d’anciens prisonniers de guerre et de camps de concentration, aux articles des journaux et aux photos des monuments en relation avec Sandbostel.

Le Mémorial du Camp de Sandbostel est joignable à l’adresse suivante?:

Gedenkstätte Lager Sandbostel
Greftstraße 5
27446 Sandbostel
Allemagne
Tel.: +49-4764-810520
Fax: +49-4764-810521Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
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