Convoi vers Neuengamme

Le 27 juillet 1944, notre convoi quitte Compiègne avec environ 1200 hommes (chiffre connu plus tard). Sur le quai, les SS nous ordonnent de quitter nos vêtements et nos chaussures (à l'exception de nos sous-vêtements).
Debout et entassés à 70 environ par wagon, c'est le départ vers l'Allemagne. Ici notre inquiétude est grandissante car les SS montrent leur vraie nature sauvage. Nous n'avons rien à manger ni à boire. A la suite d'une tentative d'évasion, trois hommes sont fusillés sur la voie.
Nous arrivons le 31 juillet au camp central de Neuengamme, près de Hambourg.
Témoignage de Jean Mével - Matricule 39788
(Le témoin avait 15 ans et demi )

Présentation du camp

 
LE CAMP EN CHIFFRES
106 000 déportés de 28 nationalités
Entre 48 et 49% de rescapés
11 500 Français et Françaises
Entre 35 et 36% de rescapés

SITUATION 

Dans le nord-ouest de l'Allemagne, à 25 km au sud-est de Hambourg, sur la rive droite de l'Elbe. Plaine marécageuse au sous-sol riche en argile. Hivers très froids, vents du nord et de l'est, étés chauds et humides.

Ecussonavec triangle rouge, lettre F et matricule

* Matricule du 1er Français connu arrivé à Neuengamme : Anton GIES, né le 26 mai 1890 à Algrange (Moselle), décédé le 20 août 1940.  

Plan d'accès à Neuengamme

 
 

Région de MECKLEMBURG-BRANDEBURG - 5 Kommandos

.BOIZENBURG - au sud-est de Hambourg. (Femmes). Fabrication d'éléments pour avions et navires.
·DÜSSIN - Au sud-est  de Scwherin. Travaux de ferme.
·GARLITZ - Au sud-est  de Scwherin. Travaux pour la SS.
.WITTENBERGE - au sud de Ludwigslust, rive droite de l'Elbe. Construction d'une usine chimique. Usine de cellulose et de fibranne.
.WÖBBELIN - nord de Ludwigslust. Construction d'un camp pour P.G. Point de convergence de nombreux convois d'évacuation. Devient mouroir pour les déportés évacués, en avril 1945.
 

 WILHELMSHAVEN, Kommando extérieur de NEUENGAMME

Wilhelmshaven est un Kommando extérieur du camp de Neuengamme situé sur la mer du Nord, créé à partir du mois d'août 1944 et entré en "fonction" le 4 septembre 1944, avec un convoi de 1 200 hommes dont 541 Français, arrivés du Fort Hatry de Belfort (convoi du 28 août au 1er septembre 1944).

A notre arrivée, le camp n'était pas terminé et nous devions éliminer un énorme tas de terre glaise qui obstruait la Place d'appel, effectuer des transports de briques à la brouette, sous la surveillance de Kapos et de… SS qui étaient français. Nous étions logés dans des baraquements désaffectés de la jeunesse hitlérienne sur l'Alter Banter Weg.

Ensuite, affectation à l'Arsenal de la Kriegsmarine où nous nous rendions à pied (4 à 5 km.). Dans cet immense complexe industriel, des ateliers de fabrication avaient été isolés et nous étaient réservés. Ils comportaient :

- Un grand hall où nous devions travailler comme tourneurs, usiner des pièces d'acier sous le contrôle de contremaîtres allemands, ramasser les copeaux de métal à main nue (ce fut mon cas), fabriquer des câbles en acier, souder des pièces de toutes sortes – très grosses ou très petites – au chalumeau ou soudure électrique, presque sans protection, couper d'énormes plaques de métal à l'aide de machines immenses (souvenir : un Français s'est coupé les deux mains devant moi – suicide ?), effectuer différents modèles à l'emporte-pièce (cas de Jean Mével).

A part, se trouvaient d'autres ateliers, dont :

- la menuiserie où étaient fabriqués, entre autres, des manches de grenades et des fûts de fusils ;

- la forge où étaient usinées des pièces en fonte pour les navires de guerre. Poste très dur car les déportés étaient soumis à une intense chaleur pendant leur travail, pour être ensuite en contact avec le froid du dehors, et leurs vêtements étaient troués par les éclats de métal incandescent.

Tous ces bâtiments étaient entourés de rangées de barbelés et étroitement surveillés par les gardes.

 Le travail se faisait 24 heures sur 24, par deux équipes, une de jour, une de nuit, de 12 heures chacune, avec une pause d'une demi-heure pour ingurgiter une maigre pitance (voir témoignage de Pascal Valliccioni). A la suite des bombardements alliés, des équipes furent constituées pour déterrer les bombes non éclatées ou à retardement – j'en ai fait partie (voir témoignage de Jacques Le Pajolec).

Fin mars 1945, nous avons commencé à déblayer les ateliers détruits par les bombes. Devant l'ampleur du désastre – navires coulés, sous-marins ventre à l'air,… - un rayon de joie éclairait notre visage et nous étions devenus heureux – pour un temps.

L'apport de notre main-d'œuvre devait aider à la construction de sous-marins dits "de poche".

Pour mémoire, sur 285 sous-marins de ce type fabriqués au total, 133 furent construits à Wilhelmshaven, d septembre 44 à avril 45.

Sur les 541 Français du Kommando, 173 étaient encore "vivants" en juin 1945.

Témoignage de Raymond GOURLIN, matricule 43948

Voir une vidéo sur Wilhelmshaven (4 mn.)

 

 

De la WESER à l'EMS - 6 Kommandos

·AURICH-ENGERHAFE - entre Weser, à l'est et Ems à l'ouest. Fortifications et creusement de fossés anti-chars.
·LENGERICH - au sud-ouest d'Osnabrück. Construction d'une usine souterraine d'aviation (chasseurs).
·MEPPEN-DALUM - dans l'Elmsland, près de frontière hollandaise. Construction d'ouvrages défensifs et de fossés anti-chars.
·MEPPEN-VERSEN - dans l'Elmsland, près de frontière hollandaise. dans l'Elmsland, près de frontière hollandaise.
·VERDEN - au sud-est de Brême, rive droite de la Weser. Construction d'un centre de formation SS. Réparations.
·WILHELMSHAVEN-KRIEGSMARINE - nord-ouest de Brême, sur la mer du Nord. Chantiers navals, déblaiements. (Nombreux Français).